Retrait du dossard : RAS
Pasta Party : Sympa sans plus, RAS

Au moment où j'accroche le dossard, je bascule déjà dans la course.
Au lit vers 23h30, sommeil agité, je me réveille 2 ou 3 fois, et me retourne plusieurs fois dans le lit. A 4h00, j'ouvre les yeux en grand. Pas fatigué, électrisé! Je me dirige vers la chambre de mon frère, Hubert: il est déjà debout, lui aussi les yeux grand ouverts! On se regarde en souriant!

4h20 Départ vers le stade. Photo souvenir dans la voiture
4h40 Petit déjeuner

5h15 Départ des accompagnateurs vélo que les coureurs retrouveront au parking de Valières au bout de la plage de Royan. Il fait quand même froid, entre 3 et 5 degrés me semble-t-il.
Je retourne au chaud sous le chapiteau en attendant le départ. Je discute avec quelques coureurs dont Franck que j'apercevrais plus tard pendant la course, vers le 55ème km.
5h25, je me dirige vers la ligne de départ. Pas le temps de se refroidir.
5h30 Pile le départ est donné.
J'écoute de la musique sur les 5 premiers kilomètres, pas trop fort quand même pour entendre ce qui se passe autour de moi, c'est à dire pas grand chose, juste le bruit des pas de la foulée des coureurs sur la chaussée.
Mais les sensations ne sont pas très bonnes. Je ne trouve pas mon rythme, je perd mon souffle et commence à faire un peu d'asthme. Super, tout va bien pour un début de course!!!
On arrive le long de la plage de Royan, je suis content de voir la mer, même si on ne distingue que quelques reflets de l'eau dans la nuit.

Je rejoins mon frère qui attendait depuis un moment. Il a un peu froid. Nous sommes contents de nous retrouver. Après un coup de Ventoline et un peu d'eau je retrouve de bonnes sensations! Pas longtemps car mon ventre commence à se tordre. Entre les plages de Royan et Saint Georges, je règle le problème.
A partir de là, tout ira bien, jusque...
On discute, je fais un peu le malin, je suis si frais... Demi-tour, on revient vers Royan, un peu plus de 10 km parcourus.
Nous longeons le début de la côte dans le noir. Le chemin est bien balisé, et des bénévoles sont là pour nous confirmer le chemin, parfait! Nous avons même le droit à un éclairage juste pour nous, à coup de générateur et de projecteurs, chapeau!

Le semi est avalé sans s'en rendre compte. Nous sommes entre Pontaillac et Nauzan et déjà le jour se lève. La lumière du ciel gris et rose révèle peu à peu le relief de la côte avec ses carrelets aux filets suspendus.

Je reconnais une partie du Semi du Pont du Diable entre Saint Palais et le début de la Grande Côte avec le passage obligé dans le sable, sur la plage. Je commence à discuter avec quelques coureurs, le "traileur fou" (on l'a surnommé comme ça, mais il était pas fou, hein!) avec son camelback, tout en orange, Thierry de Paris 20ème ;-), Eric de jechaispluzoù.

Avec Thierry on fera plusieurs fois l'élastique!

Et hop on se retrouve à la fin de la Grande Côte. Vers le 35 km au niveau du Club Med, le soleil est là! Je garde quand même mes deux couches de vêtements: mon débardeur dessous et un truc technique à manches longues par dessus. D'habitude je surchauffe vite mais là, ça va pour le moment.

Le parcours est vraiment beau. Il fait un temps superbe, la mer, les oiseaux, la nature! On passe le port de la Palmyre, on longe Bonne Anse et ses bancs de sable, on perd pas le nord grâce au Phare de la Coubre: c'est le début de la Côte Sauvage.

Avec Hubert, nous nous sommes vite rodé au niveau du ravitaillement et de la distribution.
En fait, surtout lui! Car moi j'ai fait que courir, lui a fait tout le reste! Arrêt au ravitaillement avec ma liste: principalement pain d'épices et abricots séchés. Il faisait aussi le gouteur, grâce à lui j'ai ainsi évité le saucisson, qui lui est resté sur l'estomac. Ensuite coup de pédale pour revenir à mon niveau et je suis déjà loin, enfin aussi loin qu'on peut être à 9,5 km/h!
Me faire manger, me donner à boire dès que je tends le bras! Il a toujours été là, présent à mes côtés, disponible rien que pour moi.
Le temps de m'émouvoir et nous venons de passer le 42,195 km en 4h15. Youhouuu, On lève les bras en l'air et on passe la ligne virtuelle du marathon. Et maintenant chaque pas est un pas vers l'inconnu de la distance, tout peut arriver, et surtout arriver au bout! Je me sens bien. Seul un titillement dans le mollet droit me fait craindre une crampe qui finalement ne viendra jamais, mais je m'en suis inquiété pendant un petit moment. Je porte des manchons de contentions. Ca m'avait bien réussi sur les sorties de 3 heures, surtout après, avec une sensation de jambes pas fatiguées, légères.
Hubert s'est arrêté pour dépanner un coureur qui avait des crampes, accroupi au bord de la route. Il lui a donné quelques cachets de Sporténine. J'espère que ça l'a aidé, en tout cas il est reparti car nous l'avons croisé plus tard. Il nous a dit être fatigué à cause du jetlag??? Il revenait de faire l'Ironman de Hawaii (Mon rêve)! 2 semaines après le voilà au 100km de Royan! Bravo l'ami, Aloha!
Peu après le 50ème, le parcours fait un décrochement par le parking de la Pointe Espagnole. J'ai le souvenir d'un organisateur ou bénévole qui m'a donné la pêche. Il a fait quelques foulées avec nous avec des mots encourageants et chaleureux à notre égard! Merci à toi!
Et voilà, on s'était dit avec Hubert qu'on allait peut-être trouver le temps long, s'ennuyer un peu! On a même pris un poste radio. On l'a allumé 5 minutes en tout! On n'a pas eu une minute à nous, toujours à faire quelque chose, à discuter ou à regarder le paysage. Même sur la fin de la course j'étais trop fatigué pour m'ennuyer!
Bon, on est où là? On parle et en attendant on avance!

Ah oui, grand moment de la course, on croise les premiers qui sont sur le chemin du retour. C'est dingue, des ovnis lancés à plus de 13 km/h.
Hubert me dit qu'il va s'arrêter pour un problème technique personnel (une vidange me dit-il. Mais je sais qu'il est à vélo, donc ça doit être autre chose...), je dirai vers le 53ème km. Un quart d'heure + tard toujours pas de Hubert! Je passe le 55ème km, où je retrouve Franck avec qui j'avais discuté avant le départ. Il me demande si je vais bien et me souhaite bon courage! Ça me fait chaud au cœur qu'il se soit souvenu de moi. Lui n'en n'est pas à sa première course de 100 km! Toujours pas d’Hubert en vue. Je traverse la route et passe de l'autre côté de la force, c'est à dire du côté qui nous amène gentiment vers le demi-tour...
Hubert me retrouve dans la Foret de la Coubre vers le 57ème et me conte alors ce qui sera la tragédie de cette course. Après avoir réglé son problème technique, il est parti comme une fusée, craignant de ne pouvoir me rattraper et que je finisse la course sans lui. Manque de bol, quelques petites bosses se sont mises à traverser la piste cyclable juste devant les roues de son vélo. Et paf, le contenu du panier accroché au guidon (boissons, gels, téléphones, appareil photo, radio...) se trouva expulsé et se répand sur la piste cyclable et son bas côté. Le temps de recherche fut long, laborieux et tout ne fut pas retrouvé, mais rien d'important ne fut perdu au final. Mais j'ai retrouvé un Hubert bien inquiet et quelque peu énervé.
Ca ne dura pas longtemps car nous voilà au demi-tour du 58ème km: C'est bon pour le moral. En arrivant il y a quelqu'un qui nous pointe et nous appelle par notre prénom, c'est sympa!
En plus c'est LE ravito à ne pas manquer, c'est le ravito... gastronomique! Saucisson (je n'y toucherai bien sûr pas), petits toasts de rillette (Goinfre que je suis, j'en ai dévoré un certain nombre devant le regard réprobateur mais néanmoins sympathique d'une bénévole), petits toasts de fromage, des huitres (j'aime mais j'ai pas osé) et du coca. A partir de ce moment je me suis arrêté à presque chaque ravitaillement pour un verre de coca.

Ce petit festin est rythmé au son d'une musique venue d'un pays étrange et lointain à dominante de tambour et de boumboum.
Ce 58ème km est aussi pour moi le moment où la course devient proportionnellement plus lente qu'elle ne l'a été jusque-là. Vous comprenez? Jusqu'à maintenant 1 minute faisait 50 seconde, donc ça allait vite, maintenant 1 minute fait 90 secondes et ça c'est dur car le temps de course est plus long et plus la fin de course approche et plus les minutes sont longues. Je suis persuadé que les dernières minutes, juste avant de passer la ligne d'arrivée, font 120 secondes au moins. On perd en lucidité aussi!
Bon, on arrête de taper la discute et on repart. Hubert apaisé et moi rassasié.

On reprend un rythme de croisière, mais je sens qu'il faut que je relance de temps à autre pour tenir le rythme. 10h30 serait bien comme temps final. Donc j’étais entre 9,5 et 10 km/h en essayant de tenir au plus près des 10 Km/h.
Ma mère et son ami, Jean, sont là au 65ème km. Je bombe le torse et fais le fier! Ca booste le moral. En plus Jean se joint au convoi spécial. J'ai le luxe d'avoir un 2nd accompagnateur, non officiel certes, mais bon c'est cool non?
Je ne parle plus trop, je suis concentré, pas trop de douleur, mais quand même le coup des minutes qui rallonge commence à sérieusement se faire sentir.

On passe le panneau du 70ème km. Avec Hubert, on l'avait bien noté à l'aller, on valide le passage d'un commentaire que j'ai oublié. Il fait quand même un peu chaud, le soleil est bien là, je bois souvent. Quand j'oublie, Hubert me le propose.
Un peu avant le 75ème km, un endroit bien aprécié durant l'été! Surf's up?

Juste après le 75ème kilomètre, au niveau du Phare de la Coubre, il y a une légère montée. Je commence à marcher. C'est pas bon, je sais. Un coureur, Jacques, et son accompagnateur arrivent à mon niveau et je m'accroche alors pour reprendre la course à ses côtés et je fais un peu plus d'un kilomètre avec lui.

On discute un peu jusqu'au prochain ravitaillement. Ca ne parait pas grand chose mais ca ma permis de repartir à un moment de moins. Il était vraiment sympa et dispo.
Au ravitaillement je prends rapidement un verre de coca, je fais un bisou à ma maman qui fait le parcours en voiture en s'arrêtant à certains ravitaillements juste pour me voir 10 secondes! Je la retrouverai de nouveau au ravito du Port de la Palmyre. Mais n'allons pas trop vite, ça tombe bien, c'est le cas.
Juste avant le Port de la Palmyre, j'ai couru à côté d'un autre coureur pendant peut-être 15 minutes (la notion de temps se désagrège petit à petit). On ne s'est pas dit un mot. On a juste eu la même foulée, partageant un moment suspendu dans le temps.

Après le ravitaillement de la Palmyre le 80ème km n'est pas loin et ce fut le début du black out, de l'extinction des feux, de qu'est-ce que je fous là, avec à chaque pas un crescendo dans la recherche de ressources morales, dans ce que l'on a parfois de plus personnel. Pour résumer je dirais que les 20 derniers kilomètres ont été un mur du marathon jusqu'à la fin. Avec trop brièvement parfois des moments de mieux pour relancer.
Je dois avouer que mes souvenirs à partir de ce moment de la course ne sont plus très précis.
Sauf celui bien clair de la difficulté à passer les bosses, si inoffensives à l'aller, au niveau du 85ème km. Un enchainement de 3, 4 bosses de 5 à 10 mètres de dénivelé. Impossible de courir ni en montant, ni en descendant. Et une fois passé faut relancer, pppfffff... Je suis là parce que je le veux bien mais quand même. Oublié les 10 km/h! Entre 7,5 et 9 jusqu'à la fin...
Aller au delà de soi-même c'est se découvrir au plus profond de son être. C'est ce qu'il s'est passé quand j'ai entendu le bruit de mes chaussures qui trainaient sur le sol, car je ne pouvais plus lever assez haut les jambes en courant. Je me rappelle avoir pensé aux films ou BD qui caricaturent les personnages égarés dans le désert, assoiffés, des vêtements en lambeau, tirant la langue et trainant des pieds. Voilà, c'est moi!
Hubert me demande régulièrement si je veux boire et me tend le bidon. Heureusement, car je ne pense plus à rien, juste à réussir à un mettre un pied devant l'autre.

De Saint-Palais à Royan, il y a sur la rocade de plus en plus de monde. C'est normal, c'est dimanche après midi, et il fait beau. Commence alors le slalom de l'enfer! Descendre le trottoir pour éviter une vieille dame demande un effort surhumain, y remonter pour laisser passer une voiture, idem. Je crois que c'est vers le 90ème km que je me suis dit: plus jamais de 100km, c'est trop dur!

J'essaye bien de m'accrocher à un coureur (probablement militaire avec un t-shirt ?ème RIMA) qui me dépasse, mais rien n'y fait, je le vois s'éloigner...
Au 98ème km, on arrive au port de Royan, et là Hubert me dit, "Regarde on voit les projecteurs du stade". Ca me donne des ailes, mais je n’avance pas plus vite pour autant. Il reste entre 1 et 2 km... Il fait vraiment beau, le ciel bleu, du soleil et pourtant je suis un peu dans le brouillard. Il me tarde d'arriver.
Je demande à Hubert, entre deux souffles de lucidité, d'appeler ma chérie pour qu’elle vive avec nous en direct l'arrivée.
Et... c'est l'entrée sur le stade! J'essaye de faire un peu le fier, me redresse, histoire d'être un peu présentable! Je reprends une foulée respectable de 10km/h

J’entends mon nom au micro, on annonce mon arrivée. Je passe la ligne. Savoure 5 secondes ce moment en levant les bras! Je me suis battu moi-même, je me suis gagné!
L'organisateur, Daniel Fritzsch, est là pour féliciter chaque arrivant. Je trouve ça sympa et touchant de sa part.
On me passe une médaille autour du cou. J'arrête le chrono de ma montre: 11h20.
Ma mère et mon frère sont là, juste après la ligne d'arrivée et du coup je fais moins le malin et tombe dans leur bras en pleurant un peu comme une pauv' madeleine! Et rebelote avec ma chérie au téléphone! En fait ça soulage bien de décompresser d'un coup.

Direction massage pour me faire triturer mes jambes endolories. Je me laisse aller sous les mains expertes des 2 kinés qui s'occupent de moi.

Ensuite, Hubert et moi récupérons la bourriche d'huitres (que j'ai trouvées très bonnes) et on s'éloigne du stade pour reprendre le cours de nos vies.
En rétrospective, ce 100km a été une épreuve extraordinaire, sur moi-même et au-delà, en créant un lien unique avec mon accompagnateur préféré de frère et en découvrant un autre aspect de ma passion pour la course à pied.
La course a été organisée d'une main de maître. les bénévoles étaient sympas, attentifs, compréhensifs et encourageants et les stands de ravitaillements copieux et variés. Que voulez vous de plus?!
Un bémol cependant: il est regrettable que l'accompagnateur ne puisse terminer la course avec le coureur jusqu'à la ligne d'arrivée. Il pourrait être prévu un couloir spécial vélo jusqu'à l'arrivée, ou un parking gardé à l'entrée du stade pour franchir la ligne d'arrivée en courant ensemble. Un peu de communication sur ce sujet aurait évité la frustration et déception de l'arrivée de mon accompagnateur et par là même, de la mienne aussi.
Je dépasse de 50 minutes mon objectif. Je sais maintenant que je suis parti trop vite (erreur du débutant pourtant lu et relu sur les forums) en étant parfois au dessus de 10 km/h. 1/2 km/h fait vraiment une différence sur une telle distance et je pense l'avoir payé dans les 20 derniers kilomètres.
Le lendemain de la course je n'ai pas pu bouger, mes jambes étaient complètement tétanisées! Les escaliers étaient un supplice!
J'ai rechaussé les baskets 2 semaines après la course. Quelques douleurs à un genou toujours présentes. Je ralentis donc la course à pied et favorise la piscine et un peu de vélo.
Voilà!
Ah oui, je crois que mon cerveau a oublié les douleurs de la course, car je suis sûr qu'en partant moins vite je pourrais être autour de 10h30 pour mon prochain 100 km!

Ps1: je n'ai pas mentionné tous les coureurs avec qui j'ai fait un bout de route mais de tête:

- L'homme aux gants blancs (non, pas Michael Jackson), un centbornard d'un âge respectable qui faisait son 102ème (je crois) 100km, respect!
- Le gars au béret, qu'est parti comme une fusée (c'est lui qui me l'a dit) avec qui j'ai fait l'élastique un moment vers le 65ème km...
PS2: Merci à Maud, Renaud et JP2 (membre tristement célèbre d'un tout aussi célèbre forum de Cap
PS3: Merci à mon oncle Pierre, ma cousine Céline et son fils Nathan de m'avoir encouragé sur le parcours.
, c'est signe que tu as récupéré!
